La culpabilité : "Si" & "Pourquoi?"
« Si j’étais arrivé plus tôt », « Si j’avais été plus attentif à son comportement », « Si je ne l’avais pas laissé partir », ….
Ce mot tourne en boucle dans la tête. Echo d’une culpabilité qui ronge jour après jour.
On pense ne pas avoir su protéger la personne disparue.
On se refait le film, en y modifiant tout ce qui amène à la disparition de la personne afin d'arriver à une situation heureuse. Mais malheureusement qui ne correspond pas à la réalité.
On se donne une part de responsabilité dans la situation qu’il était parfois impossible de prédire.
On a des regrets sur le fait de ne pas avoir été présent pour les derniers instants.
C’est en effet aisé de dérouler le fil de l’histoire à l’envers et d’y voir ce que nous croyons être des loupés. Oui en effet à l’envers tout est possible !
Or sur l’instant passé, toutes les cartes n’étaient pas en notre possession et nous avons fait ce qui nous semblait juste en fonction des circonstances.
Peut-être oui ! Avoir réagit comme on l’imagine aurait changé quelque chose au fait qu’il ou elle ait disparu. Peut-être !
Ou peut -être pas ! Le souci est que nous ne le serons jamais et que de faire tourner le « Si » en boucle ne changera plus rien à la situation et ne le ou la fera pas revenir.
« Pourquoi cela nous arrive ? », « Pourquoi est-il parti si jeune ? », « Pourquoi es- il tombé malade ? »
Qui peut répondre à cela ! Malheureusement personne. S’il y avait une force suprême qui existait et qui était en capacité de parler certainement le ferait-elle. Mais elle ne s’est jamais exprimée jusqu’à présent.
Toute la culpabilité s’exprime à travers ces deux mots. Et ce d'autant plus qu'il s'agit d'un deuil après un suicide. Un tel acte nous parait incompréhensible car il y a toujours une solution à un problème. Si et pourquoi traduisent la faute de ne pas avoir été "à la hauteur" face à la détresse de la personne qui nous a quitté.
Lâcher la culpabilité c'est parfois aussi avoir peur de lâcher le souvenir du disparu.
Comme le fait aussi d'entretenir la souffrance. "J'ai peur que si ma souffrance part, je ne penserai plus à ..."
Est-ce anormal ? Non. Car la culpabilité fait partie intégrante d’un deuil.
Il ne faut donc pas l’exprimer ? Si au contraire, la parole (ou l’écrit) libère.
Que ce soit par écrit ou par la parole, dire les choses, les répéter permet d'intégrer les émotions et petit à petit de les digérer.
Cette émotion va se transformer. Cela va prendre du temps. Parfois très longtemps !
Que ce soit par un groupe de parole, via un thérapeute. ne restez pas sans rien faire. Cela peut sembler difficile au départ. Et bien que l'action de libération par la parole ou par l'écrit vous semble impossible et remue énormément, vous constaterez au fil du temps des petites modifications intérieures.
Cette démarche demande aussi d'avoir de la douceur avec soi même et un peu de bonté avec ce que nous sommes. C'est à dire des êtres imparfaits. Des êtres humains!
Un jour le « si » et le « pourquoi » peuvent devenir un « Comment »
Comment je fais avec cette perte ?
Quel sens je décide d’y donner ?
Comment je décide de continuer à vivre
La vie prend un autre chemin, celui de la reconstruction !


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